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B. CIERZNIAK,  Mise à jour : 13-03-2005

L'élite en Russie du XIXe siècle à nos jours
Époque soviétique : 75 ans d'Utopie au pouvoir  

Comment réagissent les élites à la Révolution bolchevique ?

 Aux disparus, il faut ajouter 2 millions (3 millions selon les sources) de personnes qui vont quitter le pays, constituant ce qu'on appelle la "première vague" de l'émigration. En effet, M. Heller citant Engels - "Les peuples qui se vantaient d'avoir accompli une révolution découvraient toujours le lendemain qu'ils n'avaient eu aucune idée de ce qui s'était passé, que la révolution accomplie n'avait rien à voir avec celle qu'ils désiraient" - commente : "Les premiers à découvrir cette vérité (le lendemain même), furent les intellectuels russes. Pendant plus d'un siècle, ils avaient vécu de la révolution, les la désiraient, ils travaillaient pour elle. Plus la monarchie devenait faible, plus ils étaient actifs. (...) La révolution de Février, qui avait apporté les libertés, et donné une voix au "grand muet" (le peuple russe), leur parut tout d'abord une réalisation de leurs rêves. Mais le peuple ressemblait fort peu à l'icône qu'il fallait adorer et le gouvernement provisoire aux mains des intellectuels, ne se représentait pas clairement ce qu'il allait faire du pouvoir". 

Lénine, lui, le savait : il fallait le garder à tout prix. Les grèves de protestation contre la prise du pouvoir par les soviets (grèves suivies par les fonctionnaires, les employés municipaux, les employés des transports, des centrales électriques, médecins, infirmières, pharmaciens, instituteurs et professeurs de l'enseignement supérieurs) furent appelés "sabotages". D'où la création de la sinistre "vétchéka" dès décembre 1917. Au printemps 1918 se produit également un soulèvement des paysans. Les arrestations sont nombreuses et dès août 1918 dans un télégramme Lénine utilise le terme de "camps de concentration" (A. Soljenitsyne, Archipel Goulag, tome 2). 

On estime que 350 000 membres de l'aristocratie ou de la bourgeoisie périssent pendant la guerre civile. En 1921-22 les bolcheviks victorieux laissent s'exiler ceux qui le souhaitent et même renvoient de force nombre de personnes, principalement membres d'autres partis politiques d'avant la révolution.

Tous ceux qui le peuvent, quittent le pays : de l'extrême droite à l'extrême gauche socialiste-révolutionnaire. Ce sont les aristocrates, les militaires résistants, les professeurs, les écrivains, les artistes et ingénieurs, les hommes politiques, les anciens propriétaires, les industriels, les journalistes, les avocats, tous ceux dont l'élimination avait été promise par Lénine afin qu'il ne reste qu'une classe unique : le prolétariat. Jusqu'au milieu des années 20 c'est Berlin qui est le plus grand centre culturel de l'émigration russe : on y comptait pas moins de 40 maisons d'édition russes, trois quotidiens et des revues, reflétant la richesse du débat philosophique et culturel. Puis ce sera Paris, qui comptait de nombreuses organisations politiques et culturelles. 

Jusqu'en 1924 il y a des contacts entre les intellectuels émigrés et ceux qui sont restés au pays par conviction ou par nécessité. Ces contacts seront interdits avec l'arrivée au pouvoir de Staline.  On estime qu'un tiers des officiers le l'armée impériale qui ont survécu à la guerre, rejoindront l'armée rouge et participeront à la formation des nouveaux cadres. La classe sociale qui donne le moins d'expatriés, c'est le clergé : 10% des évêques et 0,5% de prêtres seulement émigrent. 

Parmi les artistes et écrivains, nombreux sont ceux qui, sans être engagés politiquement aux côtés des bolcheviks, veulent accompagner le nouveau régime. On les appelle, selon le mot de Trotski de 1923, "les compagnons de route" (попутчики) : Gorki, Blok, Maïakovski, Boulgakov, Essenine et d'autres.  C'est ainsi que les premières années après la révolution seront riches en créations et innovations dans la littérature, le théâtre, la peinture. Mais très rapidement le régime souhaite la mise en place d'une culture prolétarienne et restreint les libertés de créer. M Gorki, restera toujours l'écrivain-phare de la révolution, mais passera plusieurs années à l'étranger, soi-disant pour les problèmes de santé. A. Blok n'aura pas cette chance : malade pendant des mois, il mourra pratiquement de faim en 1921, n'ayant jamais reçu l'autorisation de partir. Le poète Essenine se suicidera en 1925, Maïakovski en 1930. Pasternak écrira "pour le tiroir" (в ящик) jusqu'en 1957, année de la publication en Occident de son célèbre roman le Docteur Jivago.

 

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