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B. CIERZNIAK,  Mise à jour : 14-03-2007

L'élite en Russie du XIXe siècle à nos jours 

La Fédération de Russie : nouvelle Russie toujours "inachevée" ?

 

Le règne du "Tsar Boris" 12 juin 1991 - 31 décembre 1999 

En juillet 1991 Boris Eltsine est élu au suffrage universel au poste de président de la république soviétique de Russie. Très populaire, il bénéficie d'un grand soutien de la population. 

Dès 1992, suivant les conseils de jeunes économistes, Eltsine applique à la Russie une "thérapie de choc" destinée à faire le pays dans l'économie de marché. Mal préparées, les reformes provoquent l'écroulement du PIB, l'inflation galopante, la fonte de de l'épargne, situation qui conduit à un mécontentement de la population et du parlement, qui s'appelle encore Soviet suprême. Pourtant, dans le référendum d'avril 1993 la population accorde sa confiance au président, qui décide en septembre 1993 de dissoudre le Soviet suprême. Ce dernier tente de résister au cours d'un nouveau putsch. L'intervention de l'armée contre le parlement fera 150 morts. 

La Douma remplace le Soviet suprême et une nouvelle Constitution est adoptée en décembre 1993, donnant au président les pouvoirs élargis. Les élites intellectuelles se divisent sur l'idée de la nécessité d'un État fort incarné par le président. Cette division se renforce à partir du 11 décembre 1994 lorsque commence la première intervention armée en Tchétchénie. Prévue pour quelques jours, elle durera jusqu'en 1996. 

C'est en 1996 que Boris Eltsine sera réélu pour son deuxième mandat avec l'aide de ceux qu'on appelle les oligarques, technocrates enrichis - souvent de façon douteuse - pendant la période de la privatisation des grandes entreprises nationales.

En 1998 une grande crise financière se produit, aggravant le sentiment d'injustice sociale, dont la responsabilité est attribuée au président et aux oligarques dont il dépend. Une série d'attentats en 1999 attribués aux Tchétchènes et quelques apparitions de Boris Eltsine en état d'ébriété ont raison de sa popularité. Diminué par la maladie, il quitte la scène politique le 31 décembre 1999 non sans avoir désigné son successeur Vladimir Poutine. 

Le 26 mars 2000 Vladimir Poutine âgé de 47 ans est élu au premier tour avec 52,94% des voix au poste de Président de la Fédération du Russie.

 

Le changement des élites politiques dans les années 1980-1990 

Nous avons déjà vu que dès la période de la perestroïka les élites politiques russes ont considérablement rajeuni. D'autres changement ont été observés en 1997 :

On considère que les nouveaux venus, n'ayant jamais fait partie de la nomenklatura représentent 30% de l'élite eltsinienne. Ils sont 59% dans le milieu des affaires (бизнес-элита). 

 

"Business-elita"

Créée le 19 décembre 1991, l'Union des industriels et des entrepreneurs (employeurs) de la Russie,  (РСРР - Российский союз промышленников и предпринимателей (работодателей)) compte au début 2002 environ 320 000 représentants de groupements d'entreprises qui assurent près de 80% du PIB. Elle collabore au travaux de l'OIT Organisation internationale du Travail (Международная организация труда (МОТ)) et est partie prenante dans les négociations concernant l'entrée de la Russie dans l'OMC (ВТО Всемирная торговая организация) qui serait imminente, grâce a une amélioration de la situation économique générale du pays. 

Les entrepreneurs russes sont préoccupés par la situation démographique dans le pays (exemple : pour le premier semestre 2000 on a enregistré 6 800 naissances pour 67 200 décès, soit 10 fois plus ; en 2001 la population de la Russie a diminué de 0,5% soit 687 100 personnes : le chiffre officiel de la population est de 144 200 000), ainsi que par les inégalités sociales qui se creusent. On estime en effet que le rapport entre les revenus les plus élevés et les plus bas se situe entre 25 et 100. En mai 2001 les statistiques officielles considéraient que 30,2% de la population, soit 44 millions de personnes vivaient en-dessous du seuil de pauvreté. A l'autre extrémité, les 20 plus grosses fortunes en Russie se situent entre 500 et 300 millions de dollars.   

Les chiffres de 2003 montrent que la situation évolue très lentement.

Nos élites nous intéressent

Le mot "élite", comme nous l'avons déjà signalé, a fait une entrée en force dans la langue russe au cours de ces dernières années. La société russe, où les difficultés sont nombreuses, cherche à cerner ses élites et à définir ses missions. Dans les médias russes les débats sont passionnés et les points de vue très divers, en particulier sur la portée des changements des élites :

1)  Le passage du totalitarisme à la démocratie s'accompagne obligatoirement d'un changement de l'élite qui devient démocratique. Elle exprime les espoirs et les attentes de la société. L'objection consiste à dire que l'élite, dont les décisions ont contribué à une telle baisse de niveau de vie de la population, peut difficilement s'appeler "démocratique".

2) Aucun changement n'a eu lieu, ce sont les même apparatchiks qui gouvernent, seuls leurs fauteuils et les noms de leurs fonctions ont changé. Ils ne pensent qu'au pouvoir que ce soit pour le conquérir ou pour le servir.

3) Un point de vue proche du précédent, mais fondé sur une autre considération : jamais les élites n'ont gouverné le pays. C'était surtout la bureaucratie et les fonctionnaires qui avaient les cartes en main, et cette situation n'a pas changé.

4) Enfin, aussi bien l'élite communiste que l'élite démocratique se sont compromises face au peuple. La première - par les répressions menées contre son propre peuple, la deuxième - par la brutalité des réformes appelées "thérapie de choc", par sa tendance à l'enrichissement personnel et par son obséquiosité face à l'Occident. 

Comme on le constate, ces points de vue sont tous critiques à des degrés divers. Quant à l'opinion que l'élite a d'elle même, un sondage de mars 2000 montre que 79,2% des représentants des cercles politiques moscovites ont conscience de faire partie de l'élite. Ils ne sont que 55,1% dans le milieu culturel, chiffre qui est commenté comme "complexe d'infériorité de l'élite culturelle". 

Le 1 octobre 2001 une conférence ayant pour thème "L'élite de la Russie, ses groupes, ses objectifs et ses missions" a réuni des personnalités de l'église, de l'armée, de la médecine, de l'université. Selon le directeur de l'Institut biographique russe S. Rybas, "90% de la population sont passifs et s'adaptent aux désirs des autres ; 9 % ont la volonté de réaliser leurs désirs, et seulement 1% ont la capacité de résister aux pressions, savent dans quelle direction il faut aller et ont la possibilité d'entraîner les autres". 

On insiste également sur la formation, sur les qualités morales des élites et leurs responsabilités envers la société. Des extraits, en russe de plusieurs interventions peuvent être consultés ici.

 

Le triangle russe traditionnel : les élites - le pouvoir - le peuple 

Les relations entre les trois composantes de ce triangle ont été étudiées par A. BERELOWITCH et M.WIEVIORKA dans Les Russes d'en bas, 1996. On est obligé de constater que le mur d'incompréhension qui séparait les élites du peuple au XIXe siècle est toujours là, plus haut que jamais. Les élites intellectuelles revendiquent leur rôle civilisateur face à la culture de masse qui a remplacé l'absence de toute culture. 

Si une partie des milieu d'affaires est inquiète au sujet des inégalités sociales, certains représentants de ce milieu affichent leur mépris pour le peuple amorphe et incapable de progrès qu'ils appellent  lumpen.

L'attitude des élites envers le pouvoir semble pragmatique : on soutient le pouvoir si on estime que les actions qu'il mène sont positives. On se réserve le droit de s'en démarquer et de le critiquer dans le cas contraire. En grande majorité on souhaite l'avènement en Russie d'un véritable État de droit (правовое государство) et l'émergence d'une société moderne dans un régime démocratique sans retour possible vers le totalitarisme.

 

Conclusion : civilisation et liberté

Depuis l'implosion du régime soviétique, la langue reflète les changements de la société. Des mots nouveaux apparaissent, souvent empruntés à l'anglais, principalement dans le domaine de l'économie, des finances et des médias. D'autres mots ont changé de sens au cours de ces dernières années, c'est le cas du mot civilisation (цивилизация). Citons H. Carrère d'Encausse : "Pendant soixante-dix ans, en URSS, civilisation qualifiait progrès et signifiait avenir radieux. La finalité des révolutions était d'assurer le progrès des civilisations. Et il a été durablement acquis qu'il n'existait pas, entre le monde du capitalisme et celui du communisme, de principes communs qui auraient été ceux du monde civilisé.

A partir de 1989-1990, cette conception s'est inversée : "civilisation" est devenu l'équivalent des normes morales et des normes de vie existant dans les sociétés libérales et dont le régime soviétique avait de façon totalitaire exclu ses administrés. C'est à l'entrée dans ce monde-là de la civilisation, c'est à un système politique civilisé, tel qu'il est entendu partout ailleurs, qu'aspire désormais la société russe en opposant la barbarie totalitaire qu'elle connut à la civilisation qui lui était fermée." 

Les Décembristes de 1825 n'ont pas su mobiliser le peuple autour du concept de liberté et de la lutte contre l'autocratie. En 2000 un sondage proposait à l'appréciation de la population 28 termes traduisant des concepts divers. Le mot liberté (свобода) éveille des émotions positives chez 98,1% de la population russe. Et même si le mot élite n'éveille ces mêmes émotions que chez 40,2% seulement, il est possible de mesurer le chemin parcouru en deux siècles et formuler un pronostic optimiste pour l'avenir de la Russie. 

Titres 

Fédération de Russie - Institutions


Pour en savoir plus sur la Russie actuelle, consultez 
les Exposés des élèves des Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan

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