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B. CIERZNIAK,  Mise à jour : 13-03-2005

L'élite en Russie du XIXe siècle à nos jours 
Époque soviétique : 75 ans d'Utopie au pouvoir 

La fin de l'U.R.S.S.

La perestroïka (restructuration)  de Gorbatchev 

Chef de file des réformateurs au Comité central du Parti, devenu en 1985 septième secrétaire général (генсек), Gorbatchev ne se contente pas de remplacer quelques personnalités au sein de la nomenklatura comme le faisaient ses prédécesseurs. Il y introduit des changements significatifs qui se poursuivront durant les cinq années de son mandat, affaiblissant ainsi le système. La nomenklatura, monolithe depuis toujours comprend désormais deux groupes, les libéraux et les conservateurs. En même temps l'élite politique se trouve considérablement rajeunie. 

En 1997 une étude de la chaire des Sciences politiques de l'Institut de l'aviation de Moscou fournit le tableau comparatif des âges sur 15 années :

  Hauts dirigeants Élite du Parti Élite  parlementaire Gouvernement Élite régionale Le milieu des affaires Age moyen
sous Brejnev 61,8 59,1 41,9 61 59 inconnu 56,6
sous Gorbatchev 54 54,9 44 56,2 52 inconnu 52,2
sous 
Eltsine
53,1 inconnu 46,5 52 49 42,1 48,5

 Dans son livre Naissance et effondrement du régime communiste en Russie, M. Ferro décrit la déplébéianisation des instances dirigeantes de l'État : au Soviet Suprême de 1989 les ouvriers et les kolkhoziens ne sont plus que 23%, alors qu'avant la perestroïka ils représentaient 45,9%. La société soviétique comprend 20 millions de personnes ayant fait des études supérieures (13 millions de diplômés). Avec les 35 millions de cadres techniciens ils constituent une base sociale pour soutenir les réformes venues d'en haut. Il s'agit là de "l'effet pervers" de l'éducation soviétique et du résultat de la mobilité sociale.

La liberté de penser de croire

En décembre 1986 A. Sakharov et sa femme sont autorisés à rentrer à Moscou après 7 ans d'isolement à Gorki (Nijni-Novgorod). Dans la foulée, en février 1987, 140 dissidents sont libérés de prison ou de camp et en janvier 1989 les autorités annoncent la réhabilitation de milliers de citoyens victimes de la répression stalinienne des années 1930-1950. Puis, la citoyenneté soviétique est rendue à ceux qui ont été exilés de force comme A. Soljenitsyne. 

La glasnost, mot traduit par transparence, signifiant plutôt publicité des décisions, fin du secret, est une avancée dans le sens de la liberté d'expression et donne l'accès à la parole aux dissidents, aux élites intellectuelles - intégrées socialement, mais cantonnées auparavant dans les activités professionnelles - à la génération de "gardiens de nuit", ces intellectuels "marginaux", qui acceptaient des emplois peu prestigieux pour disposer de plus de temps. La censure est supprimée en août 1990. 

Mais dès 1986-1987 la "désidéologisation" bouleverse et démoralise la société qui découvre que les principes au nom desquels on lui demandait des efforts et des sacrifices n'étaient que des mots vides de sens. Tout le système des valeurs s'écroule et la société se précipite vers le "tout est permis". Face au vide spirituel, c'est le pouvoir qui va initier les nouveaux rapports avec les religions, et l'orthodoxie en particulier. Les soviétiques découvrent non seulement la religion traditionnelle qui a joué un rôle important dans le passé de la Russie, mais également cèdent en grand nombre aux sectes diverses qui ne manquent pas à l'époque de se répandre à travers le pays. Ce retour de la ferveur religieuse surprend les observateurs occidentaux non avertis. Dans son livre Victorieuse Russie, H. Carrère d'Encausse en fait une genèse qui remonte aux anées 1970. L'intérêt pour la religion, interdite à l'époque, se manifeste à travers l'étude et la restauration des monuments d'architecture que sont les églises qui ont échappé aux décennies de destruction et de vandalisme.

Dès les premières brèches dans l'idéologie on constate que les opposants au régime sont très nombreux, qui pratiquaient sous le régime soviétique le "dédoublement de la conscience sociale et individuelle de sauvegarde" et qui dorénavant peuvent s'exprimer. Le débat d'idées peut s'instaurer de nouveau et dénoncer non seulement les nombreux dysfonctionnements ponctuels, mais également remettre en cause l'idéologie marxiste-léniniste. Nous retrouvons là une caractéristique de l'intelligentsia russe : sa prédilection pour les idées générales et l'absence de réflexion sur les voies concrètes des réformes, sur les choix en matière sociale et économique auxquels le pays est confronté. Se reforme à l'époque de la perestroïka le triangle russe bien connu : les élites, le pouvoir et le peuple. 

Initiative privée dans l'économie

Face à une situation économique catastrophique, une part d'autonomie accordée aux entreprises n'a aucun effet positif immédiat, mais permet l'émergence d'un nouveau groupe social, les entrepreneurs. Bénéficiant des lois de 1987 et 1988 ils se lancent dans la création d'entreprises privées qu'on appelle au début "coopératives". Leur nombre augmente très rapidement : en 1987 les coopératives sont 3 709 et emploient 39 100 salariés ; en janvier 1991 on en compte 245 356 avec 6 098 200 salariés. Suit la création, également spectaculaire, de banques privées : de 43 en 1989 elles passent à 1 850 fin 1993. Qui sont ces entrepreneurs ? Il y a ceux qui sont partis de rien, il y a des scientifiques qui désertent l'université pour se lancer dans le "business", et il y a surtout ceux qui sont issus de la reconversion de la nomenklatura, économique principalement. Ce dernier groupe apporte dans les affaires les habitudes de corruption prises sous le régime soviétique, contribuant ainsi à donner une mauvaise image à tous les entrepreneurs. On les appelle ironiquement "nouveaux russes", voire "нувориши", transcription phonétique de "nouveaux riches". A cette époque, le mot "mafia" n'évoque pas encore l'extrême violence, mais caractérise les relations dans la sphère économique. 

Bouleversements politiques

Ces élites libérales - dont le chef de file est Boris Eltsine qui quitte le parti communiste en juillet 1990 avec nombre de ses partisans - réclament la démocratie, les premiers mouvements politiques se forment et manifestent, annonçant le multipartisme. Des manifestations anti-russes ont lieu dans les diverses républiques. Tout est prêt pour l'implosion. Gorbatchev est contesté d'un côté par les partisans de Eltsine qui souhaitent des changements plus profonds et plus rapides, et de l'autre côté par le courant conservateur du parti et une partie de la population qui réclament le retour de l'autorité et le maintien du régime communiste. Les choses se précipitent en été 1991.

 

19-21 août 1991 : le putsch

Au moment où débute la préparation de ce cours, la presse internationale évoque le dixième anniversaire de la disparition de l'URSS. A la disposition des linguistes, voici un document bilingue, dont la seule présence illustre le principal changement par rapport à l'époque soviétique : la liberté de l'information et la disparition de la langue de bois.

Chronologie du putsch manqué contre Gorbatchev
Три дня августа 1991 – хронология событий 
MOSCOU (AFP) - Il y a dix ans, un groupe de putschistes soutenu par le chef du KGB et le ministre de la Défense tentait un coup d'État contre le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev et sa perestroïka.


- 19 août : A 07h20 (heure de Moscou), alors que le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev est en vacances en Crimée (sud), l'agence TASS annonce qu'il est "incapable d'assumer ses fonctions pour raisons de santé" et est remplacé par le vice-président Guennadi Ianaiev. Celui-ci est à la tête d'un Comité pour l'instauration de l'état d'urgence. Le putsch est soutenu notamment par le chef du KGB Vladimir Krioutchkov et le ministre de la Défense Dmitri Iazov.
Les putschistes proclament l'état d'urgence pour six mois, le rétablissement de la censure, et font entrer les chars de l'armée dans la capitale.


12heures à 14 heures. Les blindés encerclent la Maison blanche siège du parlement.


Retranché dans le Parlement de Russie bloqué par les blindés, Boris Eltsine, élu deux mois plus tôt à la présidence de la république soviétique de Russie, appelle à la désobéissance civile et à la grève générale. Les bassins miniers de Russie, d'Ukraine et de Biélorussie cessent le travail.
Paris, Washington et Londres expriment leur inquiétude.


- 20 août : 100.000 personnes manifestent à Leningrad, tandis que 180 blindés font mouvement vers la ville. A Moscou, 50.000 manifestants autour du Parlement russe bravent le couvre-feu décrété en fin de soirée.
17 heures : Boris Eltsine annonce qu'il prend le commandement des forces armées en Russie.
La signature, prévue le 20 par Mikhaïl Gorbatchev, d'un nouveau Traité de l'Union qui devait réformer les relations entre les républiques soviétiques et le Kremlin vers davantage de fédéralisme et d'autonomie, est de facto annulée.


- 21 août : A Moscou des manifestants tentent d'arrêter les chars à coups de pierre et de cocktails Molotov. Trois jeunes manifestants sont écrasés par un blindé.
L'Estonie et la Lettonie proclament leur indépendance.
Le ministre de la Défense Dmitri Iazov ordonne aux soldats de rentrer dans les casernes.
Dans la nuit, Mikhaïl Gorbatchev, qui avait été isolé par les putschistes dans sa villa de Crimée, atterrit à Moscou. Il affirme "contrôler totalement la situation".


Sources : AFP, dimanche 19 août 2001 - 8h40 heure de Paris

L'Humanité hebdo - samedi 18 et dimanche 19 août 2001

События августовского путча развивались следующим образом:

Вечером 18 августа на даче в Крыму был блокирован президент СССР Михаил Горбачев. Дачу в Форосе посетили члены ГКЧП, которые предложили главе государства добровольно сложить с себя полномочия. Горбачев отказывается это сделать.

Утром 19 августа радио начинает транслировать обращение ГКЧП к советскому народу. Путчисты объявили о ведении чрезвычайного положения в некоторых районах СССР, приостановке выпуска большинства СМИ. Вице-президент СССР Янаев, якобы из-за болезни Горбачева, берет на себя обязанности главы государства.

В Москву введены войска и боевая техника. Около 12 часов несколько десятков танков приблизились к Белому дому правительства РСФСР. На Манежной площади собралось несколько тысяч человек, которые двинулись к Белому дому. Там к ним вышел президент РСФСР Борис Ельцин и с танка зачитал обращение к россиянам. Создание ГКЧП называлось государственным переворотом, а его члены - государственными преступниками.

Около 14:00 собравшиеся у Белого дома начали сооружение баррикад. Моссовет был взят под охрану войск, которые затем, по настоянию депутатов, были эвакуированы. Вечером прошли студенческие демонстрации в центре Москвы.

20 августа в Санкт-Петербурге (тогда Ленинград) утром начался грандиозный митинг на Дворцовой площади, вероятно, самый массовый в истории города.

С 12:00 у Белого дома начался санкционированный митинг (не менее 100 тысяч участников). Вечером в программе "Время" сообщили о введении в столице комендантского часа с 23.00 до 5.00. Люди ждали штурма Моссовета, которого так и не произошло.

21 августа около 1:00 в Москве, в тоннеле на пересечении улицы Чайковского и Нового Арбата, толпа блокировала восемь БМП Таманской дивизии. При нервно-хаотическом маневрировании БМП № 536 погибли три человека: Дмитрий Комарь, Владимир Усов, Илья Кричевский. К этому времени подчиняться указам ГКЧП отказывается большинство местных властей. Провал путча стал очевидным.

В 18.00 включены средства связи у "форосского узника" Михаила Горбачева. Самолет президента СССР, на борту которого были Крючков, Язов, Бакланов и Тизяков вылетел в Форос. Из "Внуково-2" в тот же день в Форос вылетел другой самолет. На его борту были Силаев, Бакатин, Руцкой, Примаков и 10 народных депутатов ВС РСФСР. В ночь на 22 августа на самолете российской делегации, летавшей в Крым, возвратился Горбачев с семьей. Еще до отлета он заявил, что полностью контролирует ситуацию.

Sources : Site web NTV.ru

 Décembre 1991 - La fin de l'Union soviétique

- 22 août : Les putschistes sont arrêtés. L'un d'eux, le ministre de l'Intérieur Boris Pougo, se suicide selon la version officielle.
Alors que 100.000 Moscovites célèbrent l'échec du putsch dans les rues de la capitale, la statue de Félix Dzerjinski, le fondateur de la Tcheka, ancêtre du KGB, est déboulonnée sur la place de la Loubianka.

- 23 août : Boris Eltsine suspend la publication des principaux journaux communistes, dont la Pravda. Il signe un décret suspendant les activités du PC russe.

- 24 août : Le président Gorbatchev démissionne de son poste de secrétaire général du PCUS, et appelle le comité central du Parti à s'auto-dissoudre. Constitution d'un gouvernement provisoire.
Entre le 24 et le 31, l'Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, l'Azerbaïdjan, l'Ouzbékistan et le Kirghizstan proclament leur indépendance. D'ici fin octobre, toutes les 15 républiques soviétiques sauf le Kazakhstan et la Russie auront proclamé leur indépendance.

- 27 août : Mikhaïl Gorbatchev menace de démissionner si le Traité de l'Union n'est pas signé. 

- 29 août : Le parlement soviétique suspend les activités du PC et accepte de s'auto-dissoudre.

- 6 sept. : L'URSS reconnaît l'indépendance des trois républiques baltes.
Leningrad redevient Saint-Pétersbourg.

- 14 nov. : Le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev propose la signature d'un nouveau document créant une Union des États souverains. Proposition rejetée le 25 par les républiques.

- 8 déc. : Les présidents de la Russie, de l'Ukraine et de la Biélorussie constatent que l'Union soviétique "en tant que sujet du droit international et réalité géopolitique n'existe plus".

- 21 déc. : Onze républiques soviétiques (sauf la Géorgie et les trois États baltes) signent à Alma Ata (Kazakhstan) un accord mettant fin à l'Union soviétique et créant la Communauté des États Indépendants (CEI). La Géorgie rejoindra la CEI ultérieurement.

- 25 déc. 1991  - Le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev annonce sa démission.

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