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B. CIERZNIAK,  Mise à jour : 13-03-2005

L'élite en Russie du XIXe siècle à nos jours 
La Russie jusqu'au XVIIIe siècle  

Pierre de Grand 

Pierre I le Grand
(1672-1725)

Biographie

Fils du tsar Alexis Romanov et de sa dernière femme Nathalie Narychkine. Né le 30 mai 1672, il a quatre ans à la mort de son père. 

La lutte féroce pour la succession divise les boyards (бояре) en deux camps, ceux qui soutiennent les enfants de son premier mariage et ceux qui soutiennent Nathalie Narychkine et son fils Pierre. 

En 1682 il assiste au massacre d'un oncle et des amis de sa mère par les streltsy, dont l'émeute a été organisée par les partisans de la sœur aînée de Pierre, Sophie. Celle-ci devient régente et Pierre, tout en gardant le titre de deuxième tsar, doit se réfugier avec sa mère au village de Préobrajenskoïe (Преображенское). En conséquence de ces événements, Pierre conçoit une haine profonde pour les boyards en général, ce qui explique en grande partie les réformes de la société russe qu'il entreprendra plus tard.

Négligé par son précepteur le prince Golitsyne, le petit garçon jouit d'une grande liberté. Il se lie d'amitié avec des garçons d'origine très modeste, russes et étrangers. C'est aussi parmi les étrangers qui vivent dans un faubourg de Moscou (немецкая слобода) qu'il rencontrera un Hollandais, Franz Timmermann, qui lui enseignera la géométrie et l'art des fortifications. 

Deux autres étrangers lui enseignent les rudiments de la construction navale et l'art de la navigation à voile.

Le jeune prince applique ces connaissances aux jeux en compagnie de garçons de son âge qu'il organise en régiment. Il continue cette existence insouciante et faite de pas mal d'excès après 1689, année de son accession au trône, abandonnant les affaires de l'État à sa mère. A partir de cette date il sera en contact avec des étrangers d'un niveau plus élevé de diverses confessions (catholiques, calvinistes, luthériens), ce qui expliquera la distance qu'il prendra par rapport à la religion orthodoxe. 

Marié par sa mère à Eudoxie Lopoukhine qui lui donnera un fils Alexis, Pierre se sépare d'elle très rapidement et en 1712, épouse en secondes noces une Livonienne d'humble origine, Catherine, qui lui donnera neuf enfants. Seules deux filles, Anne et Élisabeth, survivront à leur père.

Toute sa vie il restera attiré par l'Occident, en raison du niveau élevé des techniques qu'il y trouve et qu'il souhaite développer en Russie. Il  gardera également une vraie passion de la navigation et une grande attirance pour la mer qui lui coûtera la vie. En effet, il contracte une pneumonie au cours d'un sauvetage de matelots en détresse sur la Neva et succombe le 28 janvier 1725.

Colosse, autodidacte, curieux de tout, excessif et violent, Pierre le Grand passionne les historiens et un grand nombre d'ouvrages lui sont consacrés avec des appréciations parfois contradictoires de son action. Ce qui est certain, c'est qu'il est à l'origine d'une orientation des transformations de la société russe, et en particulier de ses élites.

Bilan du règne : réformes intérieures. Armée. Fiscalité. Administration. Éducation. * 

Mesures brutales et spectaculaires qui sont à l'origine du fossé qui ne fera que se creuser entre une petite fraction des couches supérieures de la société russe d'une part, et le clergé attaché aux traditions, ainsi que la masse des paysans d'autre part.

 

Dès 1696 la manière de vivre du jeune tsar provoque un vif mécontentement des classes supérieures et surtout des gens d'Église. En effet, il organise à sa cour une "Assemblée bouffonne", prétexte à des soûlerie de des scènes de débauche avec parodies des offices religieux. A l'instigation des nobles, une révolte des streltsy a lieu en 1698. Ils sont battus par les troupes régulières, jugés et châtiés, mais à son retour de l'étranger le tsar reprend le procès, élargit les condamnation et participe personnellement à l'exécution des coupables par pendaison et décapitation.

Ayant pris la mesure du "retard" russe dans divers domaines par rapport à l'Europe occidentale, Pierre le Grand entreprend sans tarder une série de réformes aussi spectaculaires qu'impopulaires. 

Un épisode très connu illustrera sa manière de faire : venus l'accueillir à son retour de l'étranger, les nobles - tous barbus, le port de la barbe était assimilé au respect du Créateur - ont vu le tsar sortir un rasoir de sa poche et leur couper la barbe à tour de rôle, à l'exception du vieux patriarche. Par la suite, seuls les religieux seront autorisés à la garder, tous les autres hommes devant sois se raser, soit payer un impôt sur la barbe très élevé. *

Le même sort fut réservé aux habits : le long vêtement traditionnel aux larges manches appelé caftan (кафтан) fut interdit au profit du costume porté à l'époque en Occident. *

La vieille Russie superstitieuse et conservatrice désignait le tsar comme l'Antéchrist et qualifiait de diaboliques ses innovations, auxquelles on doit ajouter le changement de calendrier pour s'aligner sur l'Occident. A l'époque le calendrier russe partait de la création supposée du monde et de la saison où elle eut lieu. L'année commençait donc le 1 septembre (moment sacré de la récolte), et en 1698 les russes se considéraient en 7206.

Une autre distance prise par rapport aux autorités religieuses : la simplification de l'écriture russe. Un premier essai échoue en 1699, mais en 1707 le tsar introduit un alphabet civil qui simplifie notablement la forme des lettres et en supprime cinq. *

Abandonnant Moscou aux forces traditionalistes, il fonde sa nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg en 1703. Jusqu'en 1918 ce sera le centre culturel de la Russie tourné résolument vers l'Europe, selon le souhait de son fondateur. Jusqu'à nos jours, les deux capitales de la Russie rivalisent dans la course vers la modernité et le prestige.

 

La création d'une armée moderne et du service militaire obligatoire qui ne s'étendra en Europe occidentale qu'à la fin du XVIIIe siècle.

 

Dans le but de rapprocher la Russie de l'Occident et d'améliorer les relations économiques avec l'Europe, mu également par sa passion pour la navigation, Pierre le Grand s'est donné pour objectif de doter la Russie d'accès à la mer. D'où une série de guerres avec la Suède et la Pologne au Nord, avec la Turquie au Sud, nécessitant le renouvellement continu de l'armée.

Celle-ci devait servir également à protéger l'État moderne voulu par le tsar contre les ambitions et les pressions traditionnelles. 

Conscription universelle, formation de régiments d'élite, modernisation et homogénéisation des équipements, développement d'une industrie d'armements sont autant de réalisations qui ont conduit au terme des 36 ans du règne de Pierre le Grand à une armée régulière de 200 000 hommes, 100 000 supplétifs et 240 000 marins. Aucun autre pays d'Europe ne peut se prévaloir alors d'une telle puissance militaire.

 

La modernisation de la fiscalité qui eut pour effet la généralisation du servage.

 

Une telle réussite avait exigé un financement qui a pesé lourd sur la société, et surtout sur la masse paysanne. Le vieux système complexe d'imposition par foyer qui combinait espèces et corvées, a été remplacé par un impôt unique, l'impôt par tête. 

Les impôts étaient collectés par les propriétaires, ce qui accroissait leur autorité. Par ailleurs, Pierre avait achevé d'effacer les différences entre métayers libres qui en échange d'une part de leur production cultivaient la terre des nobles, et paysans attachés à la terre, instaurant ainsi et généralisant le servage.

Le statut du paysan était proche de celui de l'esclave, cependant un édit du souverain interdisait la séparation des familles lors des ventes... Les paysans devaient servir les propriétaires terriens, les autres couches de la population devaient servir l'État. 

 

Hanté par la notion de progrès et d'efficacité, Pierre le Grand impose un système éducatif très sévère et une codification du service de l'État dans la fameuse "table des rangs" (табель о рангах) de 1722 qui ne sera supprimée qu'après 1917. *

Dans trois secteurs du service de l'État - armée, service civil, cour - on devait commencer la carrière au plus bas échelon, puis les gravir progressivement. La promotion dans les grades (чин) dépendait non plus de l'origine, mais du mérite. A partir d'un certain niveau on obtenait la "noblesse personnelle", plus haut, la noblesse héréditaire. 

Ainsi, durant le règne, le nombre des nobles a plus que doublé. L'obligation pour les garçons de la noblesse de suivre des études avant d'entrer au service de l'État, les règles de promotion selon la table des rangs conduisent à l'émergence d'une élite intellectuellement plus homogène du type occidental. Elle développe un esprit de corps, un sentiment d'appartenance à un groupe de même formation, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs, et peu à peu les mêmes valeurs.

Plus émancipée vis-à-vis du souverain - la notion du service de l'État y contribue - la noblesse acquiert un pouvoir exorbitant sur les paysans qu'elle reçoit avec la terre en récompense des services rendus à l'État. A l'État, et non plus au Souverain qui, les historiens s'accordent pour le dire, identifiait l'autorité de l'État et son autorité personnelle, souvent avec brutalité et violence.

C'est Pierre le Grand qui définit la notion du crime politique contre l'Etat et établit une institution chargée de le réprimer. En 1718, le fils et héritier de Pierre, Alexis, accusé de complot sera condamné et exécuté.

Il prendra le titre de "Empereur de toute la Russie" (всероссийский император), peu compréhensible pour la masse de la population et qui établit une distance avec les autorités religieuses, réorganisées, elles aussi, après l'abolition du Patriarcat, en Saint-Synode, groupe de fonctionnaires religieux, mécontents de leur statut. Ceux qui refusent les innovations de Pierre le Grand se retrouvent dans des mouvements religieux et sectes qui fleurissent à cette époque.

Cette personnalité hors norme et les résultats contradictoires de son règne engagent la société russe dans la voie qui sera la sienne jusqu'à nos jours. Citons H. Carrère d'Encausse dans son livre "la Russie inachevée", Fayard, 2000 : "Les réformes de Pierre le Grand ont sans nul doute touché les élites, modifié leurs comportements et dans une certaine mesure leurs mentalités. Mais le peuple resta à l'écart de cette oeuvre, encouragé dans sa désapprobation muette par une Église écartée du pouvoir. N'est-ce pas là la principale faiblesse de l'héritage de Pierre le Grand, qui va peser sur les tentatives de "rattrapage", entreprises à sa suite, de différentes manières, par trois souverains - Catherine II, Alexandre II et Alexandre III - et que les circonstances imposeront enfin brutalement, dans le domaine politique, au dernier des Romanov ?"

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