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B. CIERZNIAK,  Mise à jour : 13-03-2005

L'élite en Russie du XIXe siècle à nos jours 
La Russie jusqu'au XVIIIe siècle 

Catherine II

Catherine II la Grande
(1729-1796) 

Biographie

Sophie d'Anhalt-Zerbst, naît en 1729 à Stettin (aujourd'hui Szczecin) dont son père, général dans l'armée prussienne est gouverneur. 

Son enfance s'écoule entre une mère légère, frivole et intrigante et un père borné et austère.

A l'âge de 16 ans elle arrive en Russie avec sa mère pour épouser en 1745 le duc Charles Pierre Ulrich de Holstein, neveu de l'impératrice Élisabeth désigné par elle comme héritier du trône. Convertie à l'orthodoxie, elle prend le prénom Catherine.

Pendant 17 ans, la jeune princesse évolue dans un milieu souvent hostile, au côtés d'un mari qui n'éprouve à son égard ni amour, ni respect. Intelligente, elle s'instruit inlassablement, étudie son nouveau pays, sa langue. Dès le début, elle sait se ménager des sympathies dans tous les milieux de la capitale. 

Intéressée par les Encyclopédistes français, elle entretient une correspondance personnelle avec Diderot et Voltaire.

Le jour de Noël 1761 l'impératrice Élisabeth meurt et le grand-duc Pierre monte sur le trône de Russie sous le nom de Pierre III.

Celui-ci est très impopulaire, n'ayant jamais caché son antipathie pour la Russie, et manifestant à toute occasion une admiration sans bornes à Frédéric le Grand, même en temps de guerre entre la Russie et la Prusse. 

Les premières mesures prises par le nouveaux tsar qui s'entoure exclusivement d'Allemands au détriment de la noblesse russe et qui blesse profondément le sentiment religieux des Russes en décidant la fermeture de toutes les chapelles privées, ne font que renforcer le mécontentement général.

Un complot est ourdi par les officiers de la Garde et un coup d'État se produit le 28 juin 1762. A la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan Catherine est proclamée impératrice et son fils Paul héritier du trône. Pierre III est emprisonné et meurt quelques jours plus tard dans les circonstances troubles. D'aucuns prétendent qu'il a été assassiné sur les instructions de Catherine.

Bilan du règne
La société russe à l'avènement de Catherine II

Structurée, et en partie créée par Pierre le Grand, la noblesse lutte pour son émancipation pendant plusieurs dizaines d'années. Sous le règne d'Anne (1730-1740), puis d' Élisabeth (1741-1761) un nouveau système se substitue à celui de Pierre le Grand, qui était basé sur le service d'État. La noblesse acquiert de nouveaux droits sur la personne des serfs, dont le nombre ne cesse de s'accroître du fait de la distribution des domaines aux grand dignitaires. 

Enfin, en 1761 Pierre III dans son "Acte sur la liberté de la noblesse" libère celle-ci de tout service obligatoire envers l'État à l'exception du service militaire en temps de guerre.  

Une classe moyenne commence à se constituer avec le développement du commerce et de l'industrie. A la mort de Pierre le Grand on comptait en Russie 98 usines. A la mort d'Élisabeth il y en aura 984.

C'est également sous le règne d'Élisabeth que se produisent des avancées importantes dans le domaine de l'éducation et de la culture. Composée jusqu'alors d'académiciens étrangers, l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg accueille le premier académicien russe, esprit universel, savant de génie Mikhaïl Lomonossov (1712-1765). 

En 1755 avec l'aide du mécène comte Ivan Chouvalov il fonde l'Université de Moscou qui deviendra le second centre scientifique de la russie. Une école secondaire est créée auprès de l'université pour préparer les futurs étudiants. Depuis 1940 l'Université de Moscou porte son nom.

Autour de l'université de Moscou et de sa maison d'édition une presse d'idées se développe et le livre imprimé connaît un grand essor.

 

Politique intérieure de Catherine II 

 

1) Confirmation du modèle occidental et émergence de l'intelligentsia russe.

En 1767 Catherine publie son programme dans une "Instruction" (Наказ). Ce texte, inspiré par l'Esprit des lois est à tel point libéral pour l'époque que sa publication sera interdite en France. Elle convoque une Commission législative dans laquelle toutes les couches de la population seront représentées, excepté le clergé et les paysans serfs. L'historien Pierre Kovalevsky compare cette commission aux États généraux de 1789 et considère qu'elle constitue le retour à la tradition du Zemski sobor russe.

La Commission ne participa pas directement à l'élaboration de nouveaux codes, mais elle examinera 1 441 cahiers de doléances dont 1 066 contenaient des revendications paysannes. Ses travaux dressent un tableau général de la situation économique et sociale du pays. Pour la première fois il y eut un débat très vif sur le servage, démontrant la nécessité d'une réforme radicale. 

Les travaux de la Commission atteindront de larges couches de la société russe grâce au développement de l'imprimerie et de la presse. Les premières études du passé russe verront le jour à cette époque ainsi que les premières fictions littéraires.


H. Carrère d'Encausse évoque deux autres conséquences : le mécontentement de la noblesse terrienne qui voit le sort pénible des paysans étalé au vu et au su de tous ce qui entraîne un raidissement encore plus grand vis-à-vis des paysans ; d'autre part, le discours très libéral de l'impératrice suscite des espérances qui, déçues, conduiront en 1773-1774 à la révolte conduite par Pougatchev et qui sera l'une des plus dramatiques de l'histoire de l'Empire.

 

2) "Rêveries étatiques"

C'est ainsi que L. Heller et M. Niqueux appellent le règne de Catherine II dans leur livre "Histoire de l'utopie en Russie", PUF, 1995.

L'impératrice est une lectrice passionnée des philosophes français, avec lesquels elle entretient une correspondance personnelle suivie. Ceux-ci l'admirent dans un premier temps, et même si la déception finira par l'emporter, "le pays de Pierre et de Catherine apparaît à beaucoup de penseurs étrangers - de même que plus tard le pays de Staline - comme un immense champs d'expérimentation sociale, politique et philosophique". 

S'intéressant à la psychologie et à la pédagogie, Catherine II fonde dès 1764 une série d'instituts pour l'éducation de jeunes filles - nobles d'abord, puis celles de la classe moyenne - dont le plus célèbre sera l'Institut Smolny. Les filles instruites et éduquées dans ces établissements formeront la génération des mères de l'élite du XIX siècle. En 1782 elle lance un vaste plan d'instruction générale qui doit doter le pays d'un vaste réseau d'écoles publiques. 

Tous les historiens s'accordent pour affirmer que sous le règne de Catherine II on assiste à un essor considérable de l'éducation, des arts, de l'urbanisation du pays avec la fondation de villes nouvelles comme Sébastopol, Kherson, Ekaterinoslav, tâche menée par l'un des favoris de l'impératrice le prince Potemkine. La ville de Saint-Pétersbourg s'enrichit de palais et de monuments conçus par les artistes et architectes venus de France et d'Italie principalement.

 

3) L'autre face de la médaille

La révolte paysanne de Pougatchev (1773-1774) est réprimée sauvagement. Pougatchev est exécuté publiquement à Moscou en 1775.

La Charte de la noblesse (1785) donne un statut légal à cette classe, abolit le service obligatoire, instaure l'exonération des impôts et donne le droit aux nobles de se livrer au commerce, de créer des industries et de conserver leurs terres avec les paysans qui y habitent en propriétés héréditaires. Le pouvoir des propriétaires sur les paysans s'accroît encore, en même temps que le nombre de serfs continue à augmenter du fait de la confiscations de biens de l'Église et de leur distribution aux dignitaires et aux favoris de l'impératrice.

En 1787 Catherine effectue un voyage à travers les nouveaux territoires conquis sur la Turquie dans le Sud. Pour lui dissimuler les réalités de la Russie profonde, Potemkine fait dissimuler les misérables masures des villages traversés derrière des planches de bois peintes. L'expression "villages de Potemkine" est devenue proverbiale. 

Le libéralisme affiché de Catherine II ne résistera pas à la Révolution française et au défi à l'absolutisme royal que constitua pour elle la décapitation de Louis XVI. La fin de son règne est marquée par une politique plus réactionnaire.

Une politique étrangère expansionniste conduira à l'annexion de toute une partie de la Pologne qui disparaîtra de la carte de l'Europe. Une insurrection des patriotes polonais sera réprimée dans le sang en 1794.

Catherine II était sur le point de choisir son petit-fils Alexandre comme héritier du trône, mais à sa mort, le 5 novembre 1796 c'est son fils Paul I qui devient empereur.

 

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